Marder IIIAutomne 1942

Dénomination d’inventaireSd.Kfz.139
Nom completMarder III 7.62cm Pak36(r) ausf Gw.38(t)
ConstructeurBohmisch-Mahrische Maschinenfabrik
Date de productionJuillet 1942
Division d’attache2.SS-Pz.Div
Théâtre d’opérationRussie France, automne 1942
KitTamiya 35248 (2001)
Période de réalisationAoût à novembre 2018

Jadis…

Quand j’étais ado, au début des années ’80, tout ce qui me servait à fabriquer des modèles réduits était de marque Tamiya. Trente-cinq ans plus tard, c’est la jolie boîte de leur kit no. 35248 qui m’a fait replonger dans ce passe-temps. Commercialisé en 2001, celui-ci permet de reproduire un chasseur de chars connu sous le nom de « Marder III ».

Août 2018: je reviens aux modèles réduits, après plus de 35 ans.

Les instructions du kit racontent la genèse de cette machine:

Durant l’été 1941, l’invasion de la Russie par l’Allemagne se déroulait conformément aux plans de la Wehrmacht. Cependant, les autorités allemandes constatèrent rapidement l’infériorité de leurs tanks et de leur artillerie anti-char face aux blindés de l’armée soviétique comme par exemple le T-34. Pour y remédier, diverses décisions furent prises: améliorer les chars de combat Pz. KpfW. III et Pz. KpfW. IV, développer de nouveaux chars et augmenter la cadence de production des canons anti-chars de 75mm. En définitive, comme solution d’attente, il fut décidé de modifier des canons russes de 76,2mm pris à l’ennemi afin d’en doter la Wehrmacht. Les obus tirés par ces armes redoutables pouvaient pénétrer un blindage de 83mm à 1000 mètres de distance et après amélioration traverser jusqu’à 122mm d’acier. Ces canons furent renommés 7,62cm Pak36(r). Jusqu’à ce que de nouveaux chars soient disponibles, ils furent installés sur le chassis des Pz. KpfW. I et Pz. Kpfw.38(t) obsolètes afin de disposer rapidement de nouveaux chasseurs de chars. Les 38(t) étaient basés sur le char LtVz.38 développé par la firme tchèque CKD (plus tard BMM) pour le compte de l’armée tchèque en 1938. La combinaison de ce blindé tchèque avec le canon 7,62cm Pak36(r) d’origine russe donna naissance au redoutable chasseur de char Marder III Sd.Kfz. 139. La base de la tourelle du Pz. KpfW.38(t) avait été enlevée et remplacée par une plaque d’acier de 16mm d’épaisseur. Le canon 7,62cm Pak36(r) était monté sur cette plaque et immobilisé par de massifs étriers tandis qu’un bouclier frontal et latéral de 11mm protégeait les servants.

« Pictured here, a group of American soldiers inspect a knocked out Marder III tank destroyer belonging to the 71st Infantry Division Kleeblatt, May 23rd, Esperia, Italy 1944. » Source: epic.war.history

Le kit contient deux figurines inspirées d’une photographie prise dans les steppes russes en août 1942:

Source: Bundesarchiv, Bild 101I-217-0485-28 / Scheffler / CC-BY-SA 3

Dès le départ, par facilité, j’ai décidé de peindre le véhicule tout en gris. Conséquemment, Tamiya me laissait deux choix de marquage. Je cite:

  • 7th Pz. Div. 42nd Tank Destroyer Bttn. Russia 1942
  • 2nd Tank Destroyer Bttn. Russia, autumn 1942

Parce que je préférais ses décalques, j’ai opté pour la seconde option. J’appris ensuite (trop tard) qu’en fait ce marquage est celui de la 2.SS-Pz.Div « Das Reich », comme le site spécialisé Scalemates.com l’indique. Son emblème divisionnaire, le Wolfsangel, aurait dû m’en alerter. Mais, au moment de mon retour au modélisme, je me contentais de suivre les instructions, sans plus de recherches.

Construction

Les instructions de Tamiya sont claires, et ses pièces s’emboîtent normalement très bien. Mais, mon exécution, elle, laissa grandement à désirer.

Erreur de débutant

Je fis d’abord la gaffe de peindre les pièces sur leur grappe1 avant de les assembler. Même minces, ces couches de peinture en aérosol augmentent l’épaisseur des pièces. Sans compter que c’est sur elles que la colle se fixe, et non sur le plastique.

Bien voir

Non seulement peindre les pièces avant de les coller nuisait à leur bon emboîtement, mais je ne voyais pas bien ce que je faisais!

Au moment d’ajouter le panier à l’arrière du véhicule, le tuyau d’échappement, trop haut, l’empêchait. La caisse sous lui aussi était mal placée. J’ai dû tout arracher, nettoyer, remettre de l’apprêt et repeindre avant de pouvoir poursuivre. Et, je me suis procuré des « lunettes loupe »2

Pièces perdues

Par inexpérience ou impatience, j’ai cassé des pièces, notamment le panier arrière et l’attache sécurisant le canon. Par négligence, j’ai perdu de ces morceaux à recoller. Mais, par chance, j’ai pu me procurer sur eBay une grappe de remplacement. Non seulement celle-ci contenait les pièces perdues ou cassées, mais également les figurines, ce qui s’est révélé bien utile plus tard.

Pièces de remplacement

Canon

Je l’ai souvent lu: plusieurs modélistes préfèrent investir dans un canon d’une pièce en métal. Étant donné leur prix, je trouvais cela exagéré. Mais, quand je me suis mis à assembler le canon du Marder III, j’ai compris pourquoi. Masquer la soudure entre les deux pièces ne fut pas de la tarte! J’ai dû recourir au mastic gris de Tamiya afin de colmater et aplanir mon assemblage. Ce mastic, une fois sec, devient dur comme du béton. Il m’a ensuite fallu sabler, et sabler encore.

Peinture

Par-dessus l’apprêt gris de Tamiya, j’ai vaporisé du Tamiya TS-4 German Grey en aérosol. La grosse gaffe que j’ai faite fut d’appliquer ces deux couches sur les pièces avant de les détacher de leur grappe. Une erreur de débutant.

Pinwash

Une technique de peinture que je n’utilisais absolument pas jadis se nomme « pinwash » en anglais. Elle consiste à déposer une peinture très liquide dans les creux et autour des détails du modèle réduit. Pour m’y initier, j’opta pour un produit d’AK Interactive: AK070 Wash brown-blue for panzer grey vehicules. Cette peinture-émail est supposée bien glisser sur la couche de couleur acrylique.3 Elle sèche aussi moins vite, ce qui facilite l’essentiel nettoyage des excès.

Weathering

J’ai d’abord peint les chenilles de façon aléatoire, avec du noir et du brun. Puis je les ai badigeonnées avec de l’AK083 Track Wash. Difficile de traduire « wash »: certains francophones parlent de « jus », de « glacis » ou de « badigeon », ou encore de « détrempe ». Un wash est plus généralisé et moins contrôlé qu’un pinwash: on en met partout.

Sur les roues et le bas de la caisse, j’ai appliqué du Vallejo 73.807 Thick Mud, un mélange épais contenant du sable pour un résultat très texturé.

Une autre gamme de produits me servit à « vieillir » mon Marder III: les pigments gras de Tamiya. Chaque trousse contient un applicateur avec brosse, et trois couleurs de pigments. On dirait un ensemble de maquillage, non pas pour visages humains, mais pour modèles réduits. Le Weathering Master C Set (87085) m’a permis de rouiller le tuyau d’échappement et métalliser certaines arêtes du blindé.

Figurines

Les figurines aident à illustrer l’échelle d’un modèle réduit, et rendent l’ensemble plus vivant. Mais, elle sont infiniment plus difficiles à peindre qu’un blindé, lequel peut être sali et vieilli afin de masquer les défauts. Plus encore que pour un char d’assaut, ce projet-ci commandait des figurines: le Marder III exposait la moitié de son équipage au grand jour.

Encore une fois, je fis des erreurs de débutant, en peignant le corps de mes bonhommes sans les avoir préalablement apprêtés, et en omettant de diluer ma peinture. Chaque correction au pinceau masquait de plus en plus les détails de la figurine.

Mais, pas question d’abandonner! Pour mieux réussir mon équipage de Marder III, j’eu l’idée de pratiquer sur un ensemble de huit panzergrenadiers. Ceux-ci devinrent mon second projet.

Puis, avec ma commande de pièces de rechanges pour le Marder III, j’ai mis la patte sur un second exemplaire de l’équipage. Je pouvais laisser une figurine au résultat satisfaisant, et tenter de faire mieux sur une autre. J’ai ainsi fait au moins cinq itérations de mes panzerjägers. Lorsque nécessaire, je revenais au plastique nu, en effaçant peinture et apprêt au diluant à peinture-émail Testor.

De mes multiples recherches sur Internet à propos de l’art de peindre une figurine, je retins qu’il valait mieux peindre les yeux en premier plutôt qu’en dernier. Peu importe alors si le blanc déborde des yeux: les contours peuvent ensuite être faits avec la couleur chair. Même chose pour les iris, qu’il est plus facile de peindre par un trait qui déborde exprès des orbites.

Comme le véhicule, le corps des figurines ont été peints à l’aérosol, cette fois avec du « Field Grey ». De timides nuances plus claires ont été tentée sur la chemise et quelques bordures de la veste.

Avec la troisième itération de mes panzerjägers, je m’initiai aux nuances d’ombres et de hautes lumières (shadows et highlights). Pour le visage, le principe est facile à comprendre: des touches de pâle sur le front, les arcades sourcilières, la pointe du nez et le dessus des joues; du foncé sous les yeux, le nez, les oreilles et le menton. Par contre, pour un débutant, il n’est pas évident de comprendre la signification de « use very thin paint » dans l’application de ces nuances. Ni combien de couches de nuances intermédiaires sont nécessaire pour réussir de beaux dégradés. Puis, une fois qu’on a compris que la peinture doit être très diluée, mais pas trop, encore faut-il savoir comment éviter qu’elle sèche trop vite sur nos fins pinceaux. De plus, trop souvent j’ai repassé mon pinceau alors que la peinture était déjà en train de sécher sur la figurine, ce qui résultait en « rouleaux » rendant granuleuse la surface. Ces problèmes d’éclaircissement de la peinture et de séchage mal contrôlé furent plus grands quand j’essaya, cette fois, les peintures de Vallejo. Contrairement à Tamiya, Vallejo propose plus d’une teinte de « couleur peau », et je me procurai ces fioles de sa gamme « Model Color »:

  • 70.815 « Basic Skin Tone »
  • 70.955 « Flat Flesh »
  • 70.927 « Dark Flesh »

La peinture de cette gamme « Model Colors » se révéla bien plus épaisse que celle des pots de Tamiya à laquelle j’étais habitué. Elle vient en fioles, donc on ne peut y tremper son pinceau que si celle-ci est d’abord transvidée. Comme celle de Tamiya, cette peinture acrylique peut être diluée avec de l’eau. Par contre, le résultat est moins heureux si on tente de la couper avec du Tamiya X-20A « Acrylic Paint Thinner ». Aussi, mélanger les couleurs Tamiya et Vallejo peut occasionner de mauvaises surprises.

En dernier, j’eu recours aux décalques de – et oui! – Tamiya pour garnir les uniformes d’épaulettes, médailles et autres détails.

Leçons apprises

  • Ne pas peindre les pièces avant de les coller!
  • Bien voir ce qu’on fait: à 50 ans, les lunettes grossissantes sont nécessaires
  • Faire attention en détachant les pièces de leur grappe
  • Les morceaux de pièces peuvent facilement disparaître
  • Des pièces de rechange peuvent s’acheter
  • Apprêt et peinture acrylique s’effacent avec du solvant à peinture-émail Testor
  • Mieux vaut un canon d’une seule pièce
  • Risque de rouleaux si on repasse le pinceau sur une couche pas encore sèche

Épilogue

Le marquage que j’avais choisi était celui d’une unité appartenant à la 2.SS-Pz.Div. « Das Reich ». Selon les instruction de mon kit Tamiya, on aurait observé ce char sur le front russe à l’automne 1942. Mais, deux ans après avoir terminé mon premier projet, mes recherches pour m’assurer de l’exactitude historique des nouvelles figurines que je voulais lui adjoindre me firent conclure autrement.

D’abord, je suis tombé sur une photographie d’un Marder III avec l’exact même marquage que mon modèle réduit. On y voit un équipage avec casquettes camouflées. Ce modèle que les collectionneurs nomment aujourd’hui « SS M-42 camouflage field cap » n’est apparu qu’à la fin de 1942.

Le « SS-Untersturmführer » Claudius Rupp, membre de la SS-Panzerjäger-Abteilung 2 « Das Reich » pose sur un Sd.Kfz. 139 Marder III. Source: ww2gallery sur Flickr

Alors, j’ai voulu vérifier où « Das Reich » opérait vraiment à l’automne 1942. En fait, cette division ne combattait plus en Russie depuis juin.

Puis j’appris que mon modèle réduit ne reproduisait pas un Marder III de la première production, mais de la deuxième. La plus simple façon de les distinguer, c’est par l’attache du canon, renforcée à partir du second lot. Panzer Tracts no. 7-2: Panzerjaeger, l’illustre en page 7-92:

Je trouvai également des précisions sur la livraison des Marder III:

Contract #219/326/42H for 120 Pz.Sfl.2 was signed with BMM on March 6th, 1942. The expected rate of production was as follows: 24 by March 24th, another 16 by March 31st, 70 by April 28th, and 17 by May 5th. The contract for 500 Pz38(t) tanks remained in effect. Despite that, BMM managed to fulfil most of the March quota: 33 Pz.Sfl.2 were made. The issue was not with production of the chassis, but with shipments of guns. The supplies seriously impacted the production in April. Instead of 70 units, only 35 were shipped. Officially, all of these SPGs, including the March production, were accepted in April. This is when the name 7,62 cm Pak 36(r) auf Fgst. Pz.Kpfw.38(t) (Sfl), « 76.2 mm Pak 36(r) gun on a Pz38(t) self propelled chassis », was used. The remaining 52 SPGs were delivered in May of 1942. Some of them were built as tropical variants. According to proud German tradition, the SPGs were renamed constantly. 5 different names were used in 1942 alone. The name Pz.Sfl.2 für 7,62 cm Pak 36, first used in July of 1942, was the most commonly used one. The index Sd.Kfz.132 was also applied around this time. […]

26 Pz38(t) tanks and 23 Pz.Sfl.2 für 7,62 cm Pak 36 tank destroyers were delivered in June. The tanks of the second batch were slightly different from the first. A small change allowed the gun depression to be increased by 2 degrees. The travel clamp was also converted. All SPGs built in June had tropical equipment. Another 50 Pz.Sfl.2 für 7,62 cm Pak 36 were built in July, the remaining 27: in August. […]

Production of the third batch began in August of 1943. Externally, these SPGs had slightly different hatches in the driver’s compartment.

The Pz.Sfl.2 für 7,62 cm Pak 36 began to enter service in May of 1942. Unlike PzII SPGs, these vehicles were sent to tank divisions, not tank destroyer battalions. An exception was the 521st Tank Destroyer Battalion, where 12 vehicles were sent on May 27th, 1942. A tank division usually received a battery of 6 SPGs. There were, however, cases where a division received 9 (18th TD) or 12 (8th and 19th TDs) SPGs. One of the first recipients were the 15th and 21st Tank Divisions, which were fighting in North Africa. Later, 39 tank destroyers of this type were sent to North Africa. The trend of sending the Pz.Sfl.2 für 7,62 cm Pak 36 to tank divisions continued after that.

Extrait de: Marder III: German Tank Destroyer on a Czech Chassis, tankarchives.ca

À la lumière de toutes ces nouvelles informations, il m’apparait bien peu probable que « Das Reich » aie reçu des Marder III lui ayant servi à combattre sur le Front de l’Est dès 1942. L’excellent Panzer Tracts 7-2, par Jentz et Doyle, rapporte qu’on a bien livré neuf Marder III du second lot à la 2.SS-Pz.Div « Das Reich », mais seulement le 20 juillet (Fgst.Nr. 1556, 1560 et 1562 à 1568). Une autre source se trompe sur le mois de leur livraison, mais affirme que les Marder III de « Das Reich » ne combattaient pas encore en 1942:

The SS units were also given a number of Marder III vehicles as they were seen as elite fighting forces and deserved only the best available equipment. The 2nd SS Anti-Tank Battalion of the SS ‘Das Reich’ Panzer division received 9 Marder IIIs in May or June 1942. The first combat action of this unit was in February 1943 on the Eastern Front near Kharkov (in Ukraine). 

Extrait de: Panzerjäger 38(t) für 7.62 cm PaK 36(r) (Sd.Kfz. 139) Marder III, tanks-encyclopedia.com

L’alternative: un nouveau contexte

Mes figurines patiemment refaites avec l’uniforme SS, il devenait contreproductif de changer le marquage du Marder III pour le situer sur le front de l’Est.

Il suffit de considérer mon Marder III en mission d’occupation en France, soit près de Le Mans à la fin de l’été 1942, ou près de Toulon à partir de novembre. Il est un peu trop usé pour un blindé n’ayant pas connu de batailles, mais d’un autre côté, une situation d’occupation permet de justifier un équipage bien propret, rasé de près et n’ayant pas encore de tenue camouflée.

Autre leçon

  • Les instructions d’un kit ne garantissent pas la véracité historique

Pages connexes

Bibliographie

  • JENTZ, Thomas L. & Hilary Louis DOYLE (2005) Panzer Tracts no. 7-2: Panzerjaeger. 100 p.

Webographie

Notes

  1. En anglais: « sprue »
  2. Ou « loupe-bandeau »
  3. Ce ne fut pas nécessairement le cas, en comparaison d’autres produits que j’utiliserai plus tard dans d’autres projets.

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