Tiger 131 en AllemagneMars 1943

Dénomination d’inventaireSd.Kfz.181
Nom completPanzerkampfwagen VI Tiger I Ausführung E
ConstructeurHenschel und Sohn
Date de productionFévrier 1943
Fahrgestellnummer250122
Unité d’attache1.Kp/s.Pz.Abt 504
Lieu d’entraînementFallingbostel, Allemagne, mars 1943
KitTamiya no. 35216 (1997)
Pièces secondairesTamiya 35217
Période de réalisationFévrier à avril 2020

Après avoir complété le modèle réduit de mon panzer préféré, le Panther, je me suis intéressé au Tiger, cet autre mythique char allemand de la Seconde Guerre Mondiale. La boutique Imaginaire proposait le kit Tamiya numéro 35126 « Tiger I Fruhe Produktion ». Cette fois, avant d’acheter ce kit significativement plus cher que le précédent, je pris la précaution d’en chercher des évaluations sur le Web. De l’avis général, ce kit de 1997 est de bonne qualité, et sa figurine, très bien sculptée. Pour trouver mieux, il m’aurait fallu payer près du double, puis débourser de nouveau pour une figurine.

Le kit de Tamiya offre quelques options de construction, et leur exactitude historique a été vérifiée par un maniaque des Tigers. À la lecture de son analyse, j’optai pour reproduire le célèbre Tiger no. 131 du Musée de Bovington, en Grande-Bretagne, le seul au monde encore en état de marche. Cela me permettrait d’utiliser un tas de photographies récentes en guise de références.

The tank was completed in January or February 1943 with the chassis number 250122. It was shipped to Tunisia between 12 March and 16 April 1943. The tank was assigned to No. 3 Platoon in No. 1 Company of the 504th Schwere Heeres Panzerabteilung

Extrait de: Tiger 131, Wikipedia [en]
Source: Tigers in Combat I, p. 220

Construction

La construction de ce kit fut très agréable. Fidèle à sa réputation, Tamiya illustre très bien la marche à suivre. Ses pièces, bien moulées et pratiquement sans bavures, s’emboîtent parfaitement.

La seule grande difficulté vint à l’étape d’assembler le Feifel, ce système de purification d’air indispensable aux tankistes en Afrique, autant pour la chaleur que la poussière.

Feifel

En guise de tuyaux, Tamiya fournissait un long tube de caoutchouc gainé d’un tissu texturé. Ce tube était assez long pour laisser une légère marge de manoeuvre, mais je n’avais pas droit à trop d’erreurs. Or, couper ce tube à l’X-Acto créa des extrémités effilochées. Il aurait probablement mieux valu que je peigne tout le tube avant, pour figer les fibres du tissu. Le mal fait, j’ai dû improviser une solution avec du papier d’aluminium et du fil de métal.

Câbles de remorquage

Les câbles de remorquage du kit n’étaient pas en fil métallique, mais en plastique moulé dans leur forme définitive. Cette fois, les sachant fragiles, j’ai fait bien attention de ne pas les casser. D’ailleurs, leurs dispositions, bien à plat, ne nécessitait pas de les déformer à l’eau chaude, comme j’avais dû le faire pour le Panther A.

Un peu de photogravures

Ma première expérience avec des pièces photogravées fut bien pénible. Mais, j’ai quand même osé les grilles en photogravure de Tamiya, faciles à manipuler.

Chenilles

Les chenilles fournies par le kit Tamiya sont deux simples bandes de caoutchouc, mais leur aspect est certainement plus réaliste que celles du vintage Panther A de 1969. Si leur assemblage est on ne peut plus simple, il devient plus ardu de rendre ce fameux sag, cet « affaissement » des chenilles entre les roues dû à la gravité.

J’ai tenté de restituer cette lourdeur des chenilles avec une technique old school. Celle-ci consiste à tendre des fils entre la chenille et certaines roues roues pour les approcher les unes des autres. Mais, le résultat ne convainquait pas, surtout que mon fil était trop gros et demeurait visible. J’abandonnai assez vite cette fausse bonne idée, et me contentai de coller les chenilles sur quelques points de contact avec les roues.

Peinture

La recherche des bonnes couleurs à utiliser pour le modèle se révéla une véritable quête du Saint Graal. Datant de 1997, les instructions de Tamiya suggéraient de le peindre tout de leur « Dark Yellow ». D’ailleurs, en 2000, les spécialistes parlaient encore d’une seule couleur:

The tanks in the initial inventory had the same sand-olive color as schwere Panzer-Abteilung 501. The three digit turret numerals were painted in solid red right in the middle of the turret side and also on the rear turret box. The digit size was about one fourth of the turret height. On the forward hull side there was a small white rhomboid (tactical sign for armor formations) with a red line in it (meaning « heavy ») and a small « I » or « 2 » beside it, indicating the company number. The Balkenkreuz was in the middle of the hull side.

Extrait de: Tigers in Combat I, p. 9-10

En 2008, une autre hypothèse fut soulevée par Thomas L. Jentz: celle d’un camouflage deux couleurs…

Source: Panzers of Kasserine: The Afrika Korps in Tunisia, p. 18

En 2010, le Musée de Bovington restaura son fameux Tigre 131. Sous les couches de peintures cumulées depuis la guerre, les restaurateurs découvrirent les vieux pigments originaux. Fut donc confirmée la thèse du camouflage deux couleurs. Celles-ci sont très difficiles à différencier sur les photographies d’époque en noir et blanc. Ceci expliquerait bien pourquoi cette découverte fut si tardive.

Comme chaque armée, la Wehrmacht normalisait tout, y compris ses couleurs. Celles-ci portaient à la fois un nom et un numéro RAL de quatre chiffres. Quand la norme changeait, les usines avaient ordre d’épuiser d’abord leur stock de peinture. Ainsi, des véhicules fabriqués une année pouvaient être peints des couleurs aux normes de l’année précédente. C’est le cas de notre Tigre no. 131, terminé en février 1943 et capturé en Tunisie au mois d’avril suivant. Ses couleurs appliquées en usine étaient alors le RAL 8000 Gelbbraun et le RAL 7008 Graugrün, un schème de couleurs datant de 1941 et qu’on nomme Tropen I.

Le Tigre 131 aujourd’hui, avec ses couleurs d’origine. Au Musée de Bovington.
Crédit photo: Megashorts sur Flickr

Quels équivalents en petits pots?

Les modélistes frisent souvent la folie à chercher la « vraie couleur ». Les plus expérimentés répètent régulièrement qu’une telle « vraie couleur » n’existe pas: malgré sa standardisation, une même couleur de peinture pouvait varier d’usine en usine ou selon les variation en matière première, et l’exposition de la surface peinte aux divers éléments altèrait forcément ses teintes de toutes sortes de manières. D’ailleurs, un maquettiste expérimenté tient compte du weathering qu’il compte ensuite faire par-dessus les couleurs de base. Et, il y aussi « l’effet d’échelle »: la même exacte couleur peut paraître bien plus foncée sur le modèle réduit que sur le char réel.

Malgré cela, il demeurait important pour le débutant que je suis de trouver les couleurs les plus fidèles. Certains modélistes suggéraient d’utiliser le « Dark Yellow » et le « Flat Earth » de Tamiya. Un autre suggérait la combinaison Vallejo Model Air 71.030 « Brown Green » et Vallejo Model Air 71.024 « Khaki Brown ». Il me fallut tester afin d’en avoir le coeur net.

De Vallejo, j’achetai plutôt le « Green Brown » numéro 70.879 de la gamme « Model Color ». On peut y lire « RAL 8000 » sur l’étiquette. Puis je fis mes différents essais sur fond d’apprêt gris ou de peinture en aérosol brune.

Après ces premiers tests, seul le Green Brown de Vallejo me semblait correct. Un autre modéliste encore ne jurait que par une combinaison des couleurs Tamiya XF-59 Dark Yellow et XF-49 Khaki, en lieu est place du RAL 8000 et RAL 7008. Finalement, j’optai pour le Green Brown de Vallejo, et le khaki de Tamiya en guise de RAL 7008.

Je désirais peindre ma couche de base à l’aide de bombes aérosols de ces couleurs. C’est ainsi que j’ai découvert la gamme d’apprêts colorés « Hobby Paint » de Vallejo. J’ai voulu essayer leur 28.001 « Panzer Yellow », aussi surnommé « Dunkelgelb ». Malheureusement, par je ne sais quel enchaînement d’erreurs de la part d’une compagnie autrement très fiable, le résultat se révéla catastrophique: d’un vert presque fluo!

Par chance, j’avais également pris une cannette de 28.015 « Desert Yellow ».1 Pourtant destiné au « Fantasy » plutôt qu’aux « AFV », cet apprêt de couleur allait de facto devenir mon Dunkelgelb préféré et servir de couche de base sur la seconde version de mon Panther A.

Je trouvais superbe mon Tiger apprêté avec ce Desert Yellow velouté, mais ce n’était pas la couleur souhaitée. J’ai dû me résoudre à appliquer ma couche de base au pinceau plat. Contrairement à sa gamme « Air » destinée aux aérographes, les peintures « Model Color » de Vallejo nécessitent d’être un peu diluées. Deux couches suffirent à bien couvrir.

Puis, je me suis fié à des photos prises au Musée de Bovington pour créer le patron du camouflage. Je traçai ensuite les contours du motif de camouflage avec de la gomme à dessiner trouvée dans une boutique de matériel artistique.

Pour faciliter la mise en couleurs des roues, j’eu cette fois recours à un crayon noir pour délimiter les pneus. Ensuite seulement, j’ai peint le reste du noir des pneus. Finalement, sur le papier glacé d’une palette, j’ai étendu de minces couches d’une couleur plus pâle dans lesquelles j’ai trempé le côté extérieur des roues pour augmenter leur contraste et corriger quelques débordements.

Plutôt que peindre les chenilles noires, j’ai tenté différentes couches hétérogènes. Mais, cette fois, pas question de les badigeonner d’une couleur rouille. Pas de rouille pour un char qui a eu une vis active bien courte, de surcroît dans une environnement désertique.

Timide weathering

Normalement, l’étape du pinwash précède celle du weathering. Mais, comme ce char devait être situé en Tunisie, je me suis dis que le pinwash pourrait servir à simuler l’envahissante poussière du désert.

Sur le coup, je n’ai pas aimé le résultat. J’ai donc recommencé avec un pinwash grisâtre plus conventionnel.

Ne voulant pas masquer son subtil camouflage, j’ai peu sali mon Tiger 131. Je lui ai appliqué quelques pigments gras, sur le bas de la caisse, à l’aide d’une « trousse de maquillage A » de Tamiya.2

Figurine du commandant

La figurine fournie par ce kit de Tamiya de 1997 se révéla bien mieux sculptée que celles de mes deux précédents achats. Les instructions disaient simplement de peindre son uniforme en noir. Mais si, en 1941, les premiers tankistes envoyés en Afrique portaient le Panzerjacke standard, en 1943, ils se vêtaient désormais comme l’Afrika Korps.

Uniforms worn by the panzer forces under Generalfeldmarschall Erwin Rommel’s Afrika Korps initially wore their black panzer uniforms, but because of the desert heat these were totally impractical and were exchanged for the tropical uniforms. The panzer forces didn’t have a unique panzer uniform styled the same way as their black panzer uniforms. They wore the same four-pocket jacket with long or short trousers as the rest of the army. About the only difference was on their lapels they pinned on the Totenkopf stamped metal device and they wore the pink branch color on their tropical (khaki or olive-green) shoulder straps, officers wearing their standard Continental shoulder boards.

Extrait de: Tropical Panzer Uniforms, panzerworld.com
« The German crew of Tiger tank 141 from the 501st Heavy Panzer Battalion take a break during engine repairs in Tunisia, North Africa. » Source: ww1ww2photosfilms

Ma figurine n’étant pas sculptée avec un Tropenbluse M40, j’ai cherché des photos d’équipages des bataillons lourds 501 et 504 en Panzerjacke noir. Je n’en ai trouvé qu’une. Non datée, celle-ci a fort probablement été prise en Allemagne, avant qu’on expédie l’unité en Afrique. Le Feifel, système filtrant l’air sablonneux, en est d’ailleurs absent.

À l’avant, le symbole tactique du Schwere Panzer Abteilung 504 est bien visible, mais aucun Feifel.

Aurait-il existé une variante du Panzerjacke plus appropriée au climat tropical? Oui, mais seulement à partir de 1943…

Since the heavy wool feldgrau uniform proved to be oppressively hot in summer weather, especially in southerly latitudes, soldiers took to wearing their lightweight green fatigue uniforms in the heat. In about 1942 the Army regularized the practice: depots began issuing an official hot-weather four-pocket field uniform of feldbluse cut but made of the same reed-green HBT material. For the enlisted Heer, these were usually worn with collar insignia and national eagle. NCOs would typically wear the summer uniform (Sommerfeldanzug) with appropriate rank on their shoulder boards, but the collar braid seen on the wool uniforms was typically absent. Two models were approved for use in the Army, the first that was designed after the M40 feldbluse and a later model that removed the front pocket pleats and pocket flap scallops similar to the M43. From 1943 a double-breasted version based on the Panzerjacke was made for vehicle and assault gun crews. SS units never had an official unique summer uniform, and while some used the Army versions, most used the earlier dyed work fatigues without insignia. While commissioned officers did have bespoke summer uniforms made, there was no regulation summer field uniform.

Extrait de: Uniforms of the German Army (1935–1945), Wikipedia [en]

Je n’ai pu trouver de photos d’époque de cette version d’été du Panzerjacke. En me fiant à la photo ci-dessus d’une reproduction, on constate qu’il diffère de la version laineuse qui l’a précédée, notamment par sa grande poche carrée.

En définitive, la figurine Tamiya de mon commandant de char ne pouvait être historiquement correcte qu’en situant le Tiger 131 en Allemagne, avant son départ pour la Tunisie. Ce contexte sied bien à ma reproduction d’un char semblant fraîchement sorti de l’usine.

Leçons apprises

  • Se fier à la couleur montrée sur une cannette plutôt que celle du matériel promotionnel
  • Attention à la concordance des couleurs entre les gammes de Vallejo
  • Attention avec la gomme à dessiner: elle est difficile à retirer d’une fente profonde

Pages connexes

Bibliographie

  • Flames of War (2013, juillet) Tunisian Tigers: Official Briefing [pdf] 12 p.
  • GILONNO, Claude (2008) Panzers of Kasserine: The Afrika Korps in Tunisia. Factory Publishing, 35 p.
  • GREEN, Michael (1995) Tiger Tanks. Motorbooks International, 128 p.
  • MELLEMAN, Tadeusz (2002) PzKpfw VI Tiger vol. I. AJ Press, 112 p.
  • MELLEMAN, Tadeusz (2002) PzKpfw VI Tiger vol. II. AJ Press, 112 p.
  • MELLEMAN, Tadeusz (2003) PzKpfw VI Tiger vol. III. AJ Press, 124 p.
  • SCHNEIDER, Wolfgang (2000) Tigers in Combat I. J.J. Fedorowicz Publishing, 430 p.
  • Tiger Abteilung! Tome I (2010-01) Batailles & Blindés Hors Série no. 14, 122 p.

Webographie

Wikipedia

Notes

  1. Cette couleur correspond parfaitement avec celle de la bouteille 71.025 « Dark Yellow – RAL 7028 » de leur gamme « Model Air ».
  2. Weathering Master A Set (no. 87079)

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